Partager l'article ! Amiens : un témoignage sur la réalité des quartiers Nord: Loin de tout « romantisme », ce point de ...
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Hélène Zanier et Pierre Mathon
Loin de tout « romantisme », ce point de vue est nourri par du vécu. Le texte que nous publions ci-dessous, qui date du 16 août 2012 est éclairant et sans tabou. Il permet de mesurer la gravité de la situation dans les quartiers Nord d’Amiens.
Pierre Mathon
« La situation semble se détendre un peu à Amiens. Je dis « semble » parce que je ne sais pas ce qui se passera, ni ce soir, ni quand les renforts de CRS et de gendarmes mobiles partiront, et je dis « un peu », parce qu’il y a quand même eu 7 voitures brûlées mardi (dans d’autres quartiers que le nord)...
Pour que vous n’ayez pas que la version de BFM
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Un peu de contexte d’abord : ce n’est pas la première
fois que ça chauffe au nord (ça chauffe également dans d’autres quartiers, d’ailleurs). Régulièrement, des émeutes ont lieu. Celle de lundi a été particulièrement “visible” non seulement parce
que nous sommes en août et qu’il fallait quelque chose après les JO, mais aussi parce qu’elle a été objectivement particulièrement violente.
Régulièrement, donc, des feux de poubelles ou de voitures sont déclenchés (environ 450 voitures brûlées par an) pour faire venir les pompiers. Caillassage des
pompiers, protection de la police, caillassage de la police, lacrymo, flash-ball... Ces émeutes sont provoquées pour couvrir d’autres choses (grosse livraison –de shit ou autre- ailleurs dans la
ville) ou sans raison de fond (on n’aime pas la police, “se faire du flic”, etc.). En février dernier, par exemple, une voiture de la police municipale a été incendiée “gratuitement”, un dimanche
matin, à 50 mètre du marché du Colvert (marché le plus fréquenté du département, voire de la région). Tant et si bien que l’ambiance est par certains aspects détestable : la moindre
interpellation de police, la moindre perquisition suppose la mise en œuvre de moyens considérable et une planification sans faille. Le soir, la moindre admonestation d’un gamin qui fait le con en
scooter sans casque peut finir en attroupement menaçant pour les fonctionnaires de police, avec dégagement au flash-ball et tout le tintouin... La plupart des agents de service public, les
entreprises de BTP, etc., craignent les quartiers nord.
Juste pour illustrer “l’ambiance” (car c’est presque chaque jour que les policiers, les pompiers, la fourrière, etc., se prennent des cailloux), la dernière mode,
c’est le bike-jacking. Ces quatre derniers mois, il y a eu 50 (cinquante !) bike-jackings à Amiens-Nord (sans que le car-jacking ait totalement cessé : c’est un classique en toute saison). Un
bike-jacking, c’est un vol de moto avec violence : en gros, le motard s’arrête au feu, voit une bande d’excités fondre sur lui, rouvre les yeux avec des bleus et une côte cassée, et voit sa moto
partir au loin (je résume sur le ton de l’humour, mais je sais que ce genre d’agression ne laisse pas que des bleus). Cinquante en quatre mois. Plus quelques car-jackings plus “traditionnels”
(vitre pêtée, conducteur-trice sorti manu militari et molesté). La police a récupéré quelques unes de ces motos (au prix d’opérations que je décris plus haut). Qu’ont fait les gamins quelques
jours après ? Ils sont allés à une dizaine chez Motoland, ils ont aspergé tout le monde de lacrymo, et ils ont embarqué 3/4 motos ! (pour la petite histoire celui qui s’est fait choper a porté
plainte pour violence...)
http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Moto-un-vol-d-une-violence-extraordinaire/On-entre-dans-une-autre-problematique
http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Moto-un-vol-d-une-violence-extraordinaire
Bref, l’ambiance à Amiens Nord n’est pas que sympa. Sur les 450 voitures brûlées chaque année, une majorité l’est là-bas. L’immobilier y est dévalorisé, les
habitants sont excédés, et, syndrome classique, s’installent ailleurs dès qu’ils peuvent. On ne peut pourtant pas dire que cet endroit est particulièrement délaissé par les pouvoirs publics : les
voiries sont nickel, programme de rénovation urbaine en cours (une grue à 700.000 euros brûlée), centre culturel, commerces, ZFU, associations fonctionnant sur fonds publics, etc. Beaucoup de
centre-bourgs de la région n’en ont pas autant, et il y a, à trois coups de pédale, le centre-ville de la capitale régionale, avec toute son activité.
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Fait divers il y a quelques jours : un jeune homme meurt d’un accident de moto (je précise que ce n’est pas contre une voiture de police et que la moto était en
tort). Enterrement samedi dernier.
Dimanche, veillée et repas de deuil devant chez la grand-mère.
Dimanche, la BAC poursuit un automobiliste surpris à contre-sens (refus d’obtempérer) jusque près de la maison de la grand-mère. Si je comprends bien, petit
attroupement (classique). Les père et oncle du défunt s’en mêlent alors et sortent, genre, « messieurs les policiers, pourriez-vous aller provoquer des attroupements ailleurs, nous sommes en
deuil ». Les policiers auraient alors mal parlé aux messieurs (précisons, pour appuyer cette possibilité, que le jeune homme défunt était très défavorablement connu des services de police,
et que l’ambiance dans le quartier était très tendue depuis quelques heures), l’attroupement se serait énervé, escalade, lacrymo, renfort des CRS qui étaient de service ce soir-là, flash-ball,
« arrêtez, y’a des enfants », etc. (en gros, il y a un renfort d’1/2 compagnie de CRS ou de gendarmes mobiles un soir sur cinq, selon le nombre de vols de véhicules avec violence et de
feux la veille, 1 compagnie entière s’il y a eu guet-apens de policiers).
http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Une-nuit-de-violences-urbaines
Lundi, « marche silencieuse » de soutien à la famille. Environ 50 jeunes gens (20-30 ans, je dirais), vont demander audience à la préfecture. Ils sont
reçus. Le préfet annonce une enquête administrative sur le déroulement des événements du dimanche soir. Devant le préfecture, une policière du sdig (en civil) se fait taper, son collègue se fait
littéralement casser la gueule. Juste devant la préfecture. Sur le chemin du retour, face au commissariat, (je témoigne) le petit groupe, emmené par Sabrina Hadji (sœur du motard défunt, qu’on
verra sur toutes les télés et dans toute la presse le lendemain quasiment revendiquer l’émeute au nom de la « colère »), ralentit et rompt le silence en direction des policiers :
sifflets, « bâtards », « fils de putes », bras et doigts d’honneur...
Lundi soir, premiers twits : barricades de poubelles en flamme. Deux car-jackings (conducteurs éjectés, voitures brûlées), une dizaine de voitures brûlées au
total, une voiture lancée contre les force de l’ordre, mobilier urbain détruit (notamment éclairage), cent ou deux cents personnes qui assaillent les policiers et CRS de cailloux, feux d’artifice
et tirs de chevrotine (tirs de fusils de chasse). 16 policiers blessés, les victimes des car-jackings, un gymnase, une école maternelle et un centre de loisirs pour enfants incendiés. Des
centaines de milliers d’euros de dégâts (le maire parle de plusieurs millions).
http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Nuit-d-extremes-violences-au-Nord
http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Toute-une-nuit-dans-un-quartier-en-etat-de-guerre
Toute la presse débarque (exit les JO). On a même droit à un article sur BBC et sur CNN. Amiens fait la une. Pendant la visite de Valls, une équipe de France 2 se
fait molester et casser sa caméra. L’après-midi, une équipe de France 3 voit des gamins caillasser une dépanneuse venue nettoyer le bazar, se fait menacer et préfère quitter le
quartier.
Mardi soir, encore 100 agents en renfort, soit 250 au total. C’est plus calme au nord. Seulement (!) sept voitures brûlées dans d’autres quartiers.
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Mercredi après-midi des bonnes âmes qui n’ont jamais posé le pied à Amiens, retenant le discours de Sabrina Hadji, commencent à donner des leçons, explications,
justifications... (il faut écouter les jeunes, c’est la faute des CRS qui leurs parlent mal et les embêtent pour des bêtises, c’est le chômage, l’ennui estival, etc.).
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Les témoignages, les articles du Courrier picard (qu’on ne peut pas accuser d’être particulièrement de droite), tout semble montrer que les affrontements avec la
police sont une volonté délibérée des émeutiers, qui s’y préparent éventuellement méthodiquement, et les provoquent le cas échéant.
Qu’ils soient malheureux et désœuvrés c’est une chose. Mais le fait que les policiers leur parleraient mal (si c’est avéré) ne constitue pas une justification de
ces violences, qui sont d’ailleurs insensées, sauf à considérer qu’elles sont pour le fun, ou alors qu’elles servent à établir un rapport de force physique visant la domination sur ces quartiers
(la colère ? : des guet-apens, il y en a toute l’année). »
AGENDA
Dimanche 19 mai à partir de 11 heures journée de la paresse au jardin de la Place-Autour du chêne
Mardi 21 mai à 18h30 Rassemblement citoyen place de la mairie à l'appel de "citoyenneté en actes à Bagnolet"
Semaine de la paresse du 22 au 26 mai au jardin Pouplier à Montreuil à l'initiative du Sens de l'humus et de Bouq'lib'
Lil'art du 23 au 25 mai aux Lilas http://www.ville-leslilas.fr/blog/lilart/
Samedi 25 mai 15H : manifestation à Paris pour faire changer la politique envers les Roms
Dimanche 26 mai Brocante BaLiPa à Bagnolet-Les Lilas
http://www.bagnoletenvert.com/article-balipa-la-renaissance-117037104.html
Dimanche 26 mai à Montreuil de 10 à 20h rue Mainguet Troc vert
Du 7 au 9 juin Festival des murs à pêches à Montreuil
Mercredi12 juin à 20h à Bondy : soirée "anniversaire" de Fukushima avec Janick Magne coorganisée par "Bondy écologie" et "Bagnolet écologie"
Pétition
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